Un espace de démocratie vivant

(BBI - décembre 2000) 

Depuis octobre 1980, Boulogne-Billancourt compte une " université libre ", ouverte à tous, sans conditions d'âge ou de niveau d'études, où conférenciers et étudiants essaient de mieux comprendre le monde grâce à des cours d'histoire, de géopolitique, de littérature, de sciences et d'économie… Aujourd'hui, cette association fête son 20e anniversaire. 

À l'origine de la création de la mini-université, la détermination de Françoise Chatel de Brancion, docteur ès lettres, angliciste, boulonnaise et mère de sept enfants. Cette femme de caractère, conseillère municipale à Boulogne-Billancourt, demanda à Georges Gorse, alors député maire, de l'aider à mettre sur pied cette nouvelle association culturelle. Malgré le scepticisme général, la mini-université, rebaptisée Forum universitaire il y a trois ans, connut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti et son infatigable fondatrice, devenue présidente d'honneur, assure encore des cours de littérature et dirige le séminaire de littérature étrangère. 

Comment avez-vous eu l'idée de créer le Forum universitaire ? 
Françoise Chatel de Brancion : J'étais enseignante auprès des enfants malades hospitalisés. Frappée par leur volonté d'apprendre et par les bienfaits que cet enseignement leur apportait, j'ai eu l'idée de créer dans ma ville une mini-université qui serait ouverte à tous et dispenserait des cours de culture générale. Georges Gorse m'a alors aidée à réaliser ce projet. 

Que proposiez-vous à l'époque ? 
F.C.B. : Je pense que la création de cette mini-université répondait à une vraie attente des Boulonnais. Dès le premier jour, nous avions 120 personnes. Au début, c'était très artisanal mais le public partageait notre enthousiasme. Certains étaient très calés, d'autres n'y connaissaient rien, mais tous participaient volontiers. Les débats étaient très interactifs. J'assurais presque tous les cours : histoire, histoire de la littérature, philosophie…Ma belle-sœur donnait des cours d'archéologie. 

Comment les activités se sont-elles développées ? 
F.C.B. : L'informatique a connu un tel succès que, bien vite, elle s'est constituée en club autonome. L'astronomie est devenue une activité importante. Sylvie Petin, la directrice actuelle, a ouvert rapidement des cycles de conférences et des séminaires de philosophie. Elle a aussi créé le ciné-club et le café philosophique. J'ai lancé le séminaire de littérature anglaise autour duquel sont venus ses greffer : littérature française et étrangère, mais aussi langues mortes ou vivantes. Les animateurs étaient bénévoles et pas nécessairement des professionnels. Je voulais ouvrir la porte à tous ceux qui ont quelque chose à transmettre et qui savent le dire. Ce qui a profondément consolidé la mini-université, ce sont les voyages culturels qui ont été organisés dès la seconde année, en Irlande, en Grèce, en Égypte, à Constantinople. Ces voyages ont tissé des liens entre les étudiants. 

Vous avez aussi accueilli des personnalités renommées…. 
F.C.B. : Le dynamisme de notre association, la qualité et le nombre des auditeurs les ont incitées à venir. Jacqueline de Romilly, ardent défenseur de l'enseignement du grec et du latin, a été la première, mais aussi le philosophe Paul Ricoeur ; le professeur Jean Bernard est venu parler d'éthique, Hubert Reeves de sa passion pour les étoiles, Yves Coppens de l'australopithèque Lucy, grand-mère de l'humanité. Et puis Maurice Schuman, fidèle compagnon du général de Gaulle, Emmanuel Le Roy Ladurie, Hélène Carrère d'Encausse. Ces conférences n'avaient rien du cours magistral, elles étaient toujours suivies d'un débat. Elles ont aussi attiré un nouveau public. 

Vingt ans après, quel regard portez-vous sur l'association ? 
F.C.B. : On compte plus de 25.000 auditeurs par an. C'est probablement pour cela qu'on a changé le nom et que la Mini-université s'appelle désormais le Forum universitaire. Peut-être a-t-on pensé qu'elle était maintenant suffisamment grande pour ne plus être " mini ". Sa continuité m'étonne. Il n'y a jamais eu de fléchissement, même après ma démission en 1995. J'ai été remplacée par Yves Bahier, ancien officier de marine, puis par Claude Fohlen, spécialiste de la civilisation américaine et professeur émérite des universités. Sylvie Petin, licenciée de philosophie, en assure avec brio et compétence la direction. Le public reste hétérogène. C'est un auditoire attentif, vivant, ouvert, qui participe beaucoup et je suis très heureuse de voir que les jeunes viennent de plus en plus nombreux, notamment les étudiants de l'université Paris V-René Descartes. 

(Propos recueillis par D. de Faucamberge)

LE FORUM UNIVERSITAIRE EN CHIFFRES (1999 - 2000) 
- 131 conférences, 3 tables rondes et un colloque auxquels 25.243 personnes ont participé. 
- 32 cours de langues, littérature, philosphie et un club de randonnées pédestres comportant 503 inscrits. 
- Le ciné-club compte 180 adhérents