Entretien avec Danielle Elisseeff

Confucius avant Montaigne

Invitée par le Forum universitaire, Danielle Elisseeff, spécialiste de la Chine antique, chercheur à l’école des Hautes études en sciences sociales et professeur à l’école du Louvre, présente Confucius au cours d’un cycle de conférences consacré à la Chine antique.

Qui était exactement Confucius ?


On ne dispose d’aucun texte écrit directement par Confucius. Son histoire et son enseignement ont été reconstitués après coup par la mémoire des générations suivantes. 
Il serait né en 551 av. J.C. dans l’est de la Chine et serait mort en 479 av. J.C. 
Fils d’un militaire, Confucius descend de la précédente dynastie royale. Sa famille appauvrie occupe des fonctions modestes. 
Son état d’homme proche du pouvoir sans en faire partie l’amène à relativiser l’importance de la position sociale. Confucius considère que l’on ne naît pas homme mais qu’on le devient grâce à l’enseignement. 
Il réfléchit sur la façon dont doit se conduire l’homme en société.

De quelle manière a-t-il marqué la civilisation chinoise ?

Son apport constitue un repère essentiel. Dès le 2e siècle av. J.C. l’humanisme de Confucius devient la base de l’enseignement des écoliers. 
Dans l’administration, la connaissance des textes du penseur est un critère de recrutement, au même titre que la recommandation. 
Au 12e siècle, des intellectuels synthétisent son enseignement avec ceux du bouddhisme et du taoïsme et créent les structures de la pensée chinoise moderne.
Malheureusement, celle-ci, pour être enseignée à toutes les couches de la société, a été simplifiée à l’extrême et détournée au profit de l’obscurantisme. 
Les liens familiaux que Confucius défend, par exemple, ont justifié pour certains l’exclusion des femmes du gouvernement. 
La pensée de Confucius accusée de tous les maux lors de la Révolution littéraire en 1919, est redécouverte de façon positive à partir de 1985 par les Chinois.

Et l’Occident ?

Les Occidentaux le découvrent à la fin du 16e siècle dans le sillage des Jésuites qui font parvenir des rapports à Rome sur la pensée de Confucius. L’importance du savoir, et non de la naissance, est le ferment de la libre pensée en Europe. 
Elle marquera Montaigne et Voltaire, plus tard, en fera une arme dans son combat contre l’obscurantisme.

Propos recueillis par D. de V. pour le BBI (avril 2004)