Entretien avec Jean-Marc Daniel

(BBI - octobre 2011) 

Le Forum universitaire inaugure sa nouvelle saison sur le thème « Economie, où va-t-on ? » avec Jean-Marc Daniel. Economiste, habitué des médias, grand pourfendeur des idées reçues, il fait entendre une voix différente dans le concert catastrophiste en défendant une vision réaliste et progressiste de la situation économique.


© Jérôme Arowas 

« Taxer la rente et favoriser les talents »

On entend parler partout de crise la plus grave depuis 1929… 

Au risque de choquer, je tiens à le préciser d’emblée. Il n’y a pas de crise ! Ou plutôt, nous devons considérer la croissance de l’économie sur le long terme. Et ce que nous voyons, c’est que l’économie se développe depuis des décennies, sous forme de cycles.

Pour faire simple, l’économie agricole avait un cycle d’un an – le temps de la récolte-. Désormais, notre économie est soumise à un cycle industriel de 8/9 ans, et commence à dépendre du cycle des nouvelles technologies de l’immatériel qui pourrait se révéler plus court. .

Il est donc normal, dans ce cadre cyclique, que nous ayons des ralentissements, voire des récessions. Ce qui est inquiétant, c’est que le niveau de croissance au moment de la reprise qui suit la récession est de moins en moins élevé.

Un des aspects également préoccupants de la situation actuelle est que la fiscalité des états n’est plus adaptée à la nouvelle croissance, qui est davantage fondée sur l’immatériel. Dans l’immédiat, les gouvernements devraient adapter leur gestion à la dimension cyclique de l’économie : faire du déficit pendant les périodes « basses » pour favoriser la croissance et le combler pendant les périodes fastes. Ce qui n’a pas été fait depuis plusieurs années. C’est ainsi que la dette publique s’est accumulée.

Dans le contexte français actuel, quelle politique permettrait la sortie du tunnel ?

Nous avons en France 90 milliards d’euros de déficit à combler pour stabiliser la situation de nos finances publiques sur le long terme et ceci indépendamment de nos engagements européens. Une fois les élections passées, il faudra agir. Il n’est pas possible d’alourdir la fiscalité des entreprises : ce sont elles qui portent la croissance. Il faut donc mettre les ménages à contribution. La meilleure façon est d’augmenter la CSG. Il ne faut pas se faire d’illusion : l’enjeu tourne autour de 5 points de CSG. Nous avons également un gisement possible dans des privatisations bien menées comme celle d’EDF ou de la SNCF. Et puis, bien entendu, des économies sont à faire sur l’appareil de l’Etat. Le principe à respecter est de taxer le revenu de la rente et favoriser les talents.

Vous battez en brèche certaines idées reçues sur l’économie internationale ?

L’Allemagne est un colosse aux pieds d’argile ; il suffit de regarder les chiffres. Elle a une population vieillissante, abandonne le secteur énergétique, achète des usines à l’extérieur. Ses dirigeants sont ambigus dans leur politique européenne. La seule certitude est qu’ils ne veulent pas porter le chapeau de la fin de l’euro. 

Je crois aussi que la Chine et l’Inde ne vont pas si bien que ça : elles sont gangrénés par l’inflation. 

Les Etats-Unis restent le pays dominant, et pour longtemps. Ils le seront encore plus quand ils auront –c’est en cours, via le gaz de schiste-, recouvré leur indépendance énergétique. 

Si elle adopte une politique économique en phase avec les périodes de croissance, la France a de sérieux atouts, sa démographie entre autres. 

Propos recueillis par Ch.D