"Traquenard express" 

Alizée Zian

Je venais de récupérer la valise sur le filet à bagages quand l'homme au chapeau gris anthracite est entré dans le compartiment. C'était le troisième train que je prenais et il était encore là. Mais qui était-ce ? nul ne le savait. J'allais descendre en gare de Cadillac mais il me prit par le bras, et me fit signe de me taire.
Inquiète mais bien décidée à découvrir la vérité, je tentai de lui arracher quelques informations sur la raison de sa filature : " C'en est assez ! Que me voulez-vous ? Et en premier lieu, je veux connaître votre identité. 
- D'accord, mais à une seule condition, c'est que vous cessiez de parler si fort. Je m'appelle Léon*, et je suis détective privé. J'enquêtais jusqu'à la semaine dernière à la charge de votre oncle Charlie. Mais le destin a voulu qu'il s'éteigne peu de temps avant la fin des investigations. Cela dit, le problème n'est pas là. 
- J'ai effectivement appris le décès de mon oncle* par mon amie la femme du boulanger*. J'ai rendez vous chez le notaire en début de semaine prochaine pour régler ses affaires. Mais je ne vois toujours pas pourquoi vous me suivez… 
- Baissez vous ! " 
Et tout à coup apparurent dans le couloir deux hommes à la mine patibulaire, munis d'énormes mitraillettes. Ces drôles de personnages tentèrent d'entrer dans la cabine mais le train freina subitement, les faisant tomber. Le détective me fit sauter par la fenêtre et m'entraîna dans une course folle à travers la campagne. Mais nos poursuivants n'abandonnèrent pas. 
Nous atteignîmes un village. Une chance pour nous, c'était la fête de " La soupe aux choux* ". Nous nous fondîmes dans la foule et pûmes enfin semer les deux bandits. Hors d'haleine, mais soulagés, nous trouvâmes refuge dans la vieille église. Une question me brûlait désormais les lèvres : " Qui étaient-ce ? lançais-je au détective avec un air de reproche 
- Ce sont les gorilles de Didier* MacBeth. 
- Didier MacBeth ? 
- C'est un mafieux à qui Charlie doit beaucoup d'argent. 
- Cela suffit, soyez plus clair, je veux savoir la vérité sur Charlie ! m'exclamais-je 
- Bon… Soit, mais c'est risqué… 
- Oh, je vous en prie, ne soyez pas ridicule, au point où j'en suis… - Ok ! Tout d'abord, si Charlie ne vous a pas mise au courant de ses petites activités, sachez qu'il a agit pour vous protéger. Ensuite, votre oncle n'était pas celui que vous croyiez… Il a arrêté le métier de tueur à gage il y a de cela trois ans, gardant une dette d'environ deux millions d'euros. Il a encaissé la somme mais a refusé d'honorer son dernier contrat. Il disparut du milieu et m'engagea alors pour sa protection. Très vite rendu fou par cette vie de bête traquée, il s'est suicidé. C'était le 9 mars. Mais Didier MacBeth a retrouvé votre trace, pensant que vous aviez hérité de sa fortune cachée. C'est donc pour cela que nous avons vu ses hommes de main tout à l'heure. 
- Ça alors ! Si je m'attendais à ça… Oui, je suis sa seule héritière, mais je ne pensais pas… enfin, vous savez, pour moi, ce n'était qu'un petit représentant en confiserie… Mais maintenant, comment vais-je leur échapper ? 
- Il faut que vous changiez d'identité, que vous modifiez votre physique. 
- Mon physique ? De la chirurgie esthétique ? C'est hors de question ! 
- Il s'agit simplement de changer de couleur de cheveux, de style vestimentaire et de porter des lentilles. 
- Dans ce cas, je suis d'accord. 
- Il faudrait aussi quitter le pays… - Je pense pouvoir aller vivre à Londres, où j'ai de la famille. 
- Très bien, je m'occuppe de tout. Là-bas vous ne vous appellerez plus Mélinda Chamfort mais Mary Smith. 
- Et vous ? Qu'allez-vous devenir ? Ils vous connaissent et n'hésiteront pas à vous tuer ! 
- Ne vous inquiétez pas pour moi, je compte disparaître dans le maquis corse où j'ai quelques amis. 
- Alors ici s'achève notre route, je vous souhaite bonne chance, et peut-être nous reverrons-nous un jour, qui sait ? 
- Bonne chance à vous aussi mademoiselle. Voici l'adresse où vous trouverez vos nouveaux papiers, c'est un ami, je m'en occupe." 
Le temps que je range le précieux petit mot dans mon sac, et l'inconnu avait disparu. En sortant de l'église, le soleil m'aveugla. Je traversai la place où se trouvait une cabine téléphonique. Tout alla alors très vite. J'appelai un taxi pour regagner Bordeaux. Comme prévu, un passeport m'attendait à l'adresse griffonnée sur le petit mot. Je n'osai même pas repasser chez moi. J'achetai un billet d'avion pour Londres. Je partis le soir même pour tout recommencer, tenter d'oublier ce mauvais rêve. 
Les années ont passé, je suis mariée, j'ai trois enfants. Je n'ai jamais reçu de nouvelles de Léon jusqu'au jour où je trouvai sa photo à la rubrique fait divers, en dernière page du Times : " Didier MacBeth, un gangster plus connu sous le nom de " Léon " a été arrêté hier matin alors qu'il tentait de s'approprier l'héritage d'une jeune fille. Il avait essayé de lui faire quitter le pays en lui racontant que ses parents avaient été supprimés par la mafia et que sa vie était en danger. Mais sur sa piste depuis de longues années, la police a réussi à déjouer son stratagème. Plusieurs personnes auraient déjà été escroquées. Ses complices courent toujours… "

* titres de films à insérer dans la nouvelle ainsi que le règlement le stipulait